LES BALBUTIEMENTS

C'en était fini des chevauchées fantastiques à travers le territoire Français ainsi que dans le reste de l'Europe, la Suisse et l'Autriche ayant déjà interdit les courses sur leur territoire.
Il fallut trouver aux compétiteurs de nouvelles voies d'expression.
Ainsi naquirent les 1ères courses en circuit fermée où les automobiles purent être lâchées sans retenue.

1904 : Création de la Coupe Van Der Bilt aux Etats-Unis,


August HORCH (Trophée Herkommer 1906)

1905 : Une épreuve fut créée qui restera comme l'un des premiers ancêtres du rallye moderne, le Trophée Herkomer.
On peut parler de filiation car, à l'origine réservé aux voitures de tourisme, il a su évoluer vers une vocation plus sportive en accueillant des modèles de voiture plus typés sport tout en gardant son caractère non commercial.
En 1906, cette course de 1700 km répartis en 6 étapes, allant de Francfort à Vienne en passant par Munich, alternait un parcours de régularité associé à trois courses de côte et, à l'arrivée, une épreuve de vitesse pure sur un parcours de 5,5 km. Comme récompense, le gagnant recevait son portrait peint par le professeur Herbert von Herkommer, mécène de la course.

Le Trophée faillit disparaître victime de son succès sous la pression des autorités publiques. Il fut sauvé par le frère du Kaiser (Henri de Prusse) et prit naturellement le nom de Coupe du Prince Henri en 1908.
Largement dominée par les pilotes Allemands qui étaient sur-représentés, les voitures des autres nationalités y étaient largement utilisées.
Des inconnus, à l'époque, y firent leurs premières armes, comme Ettore Bugatti (qui, endormi, percuta un arbre) ou un jeune ingénieur qui s'y imposa en 1910, Ferdinand Porsche.
La dernière édition du trophée eut lieu en 1911. Il se transforma en Rallye autrichien des Alpes puis, en 1928, en Coupe Internationale des Alpes.

1906 : Création du Grand Prix de France pour relancer la compétitivité des voitures françaises menacées par le principe de la Coupe Gordon Benett.

Cette même année vit la naissance de la Targa Florio en Sicile, du nom de son créateur.

1907 : Inauguration du premier circuit permanent à Brooklands (GB).


Paris-Pékin (1907)

Une autre voie fut explorée. A la vitesse pure et terriblement dangereuse, car non contrôlée, succéda l'endurance.
La 1ère vraie aventure automobile fut le Pékin-Paris en 1907 organisée par le journal "le Matin".
5 équipages au départ, 4 à l'arrivée. Il s'agit là d'un record de fiabilité.
Le vainqueur, le Prince Borghese sur une Itala (image ci-contre) mit 60 jours pour parcourir les quelques 16.000 km du parcours et gagna avec 21 jours d'avance sur son dauphin.
Il se vit offrir, pour seule récompense, une bouteille de champagne. Ainsi naquit la tradition d'offrir du champagne au vainqueur.

1908 : Un New York-Paris mit au défi les lois de la raison, on peut même la qualifier d'épreuve la plus longue et la plus stupide jamais imaginée.
Il s'agissait ni plus ni moins d'un tour du Monde, par le Canada, l'Alaska, le détroit de Béring (sur la glace !) puis l'URSS, un petit détour par l'Asie (le Japon) puis retour vers l'Europe. Trois concurrents parvinrent à Paris (sur 6 au départ) et la Thomas américaine (6 cylindres 72CV) fut déclarée vainqueur bien qu'elle eut parcouru moins de chemin par ses propres moyens que les autres voitures.

1911 : C'est cette année là que devait naître la plus emblématique épreuve de rallye : le Monte-Carlo.
A cette époque il ne portait pas encore ce nom que la postérité a retenu ; il s'appelait : Rallye Automobile International MONACO

Affiche du 1er rallye Monte Carlo (1911)

On a (ou plutôt, avait) l'habitude de l'appeler "le monument". Car cette épreuve peut s'enorgueillir d'être le plus connu, le plus constant et le plus ancien rallye du monde.

C'était aussi un concentré de difficultés quand le rallye durait une semaine complète, de jour comme de nuit, dans des conditions atmosphériques épouvantables, le rallye ayant pris l'habitude de se dérouler en plein cœur de l'hiver. Tout ceci s'est passé jusqu'à il y a une dizaine d'année (1997), quand le rallye a été contraint de se couler dans le moule World Rally Car sous peine de disparaître. Exit le parcours de concentration, exit la célèbre "Nuit du Turini", etc... Cette métamorphose lui a fait perdre une partie de son âme.

Le parcours de concentration. Voici la clé de voûte de cette épreuve, et même de toute la discipline.

Car, si étymologiquement le terme est anglais et signifie, réunion - regroupement, quelle activité peut mieux illustrer cette action de rassembler les concurrents qu'un parcours de concentration ? De plus, en 1911, cette épreuve s'appelait : Rallye Automobile International MONACO. Enfin, LE terme est utilisé pour la première fois dans l'appellation d'une épreuve automobile : RALLYE !

Emprunté aux concentrations cyclistes, le terme et le principe sont appliqués à l'automobile en plein cœur de l'hiver. Le prouesse n'est pas sportive, elle est humaine, car il faut une certaine dose d'abnégation pour traverser l'Europe sur des routes au revêtement douteux dans une auto non fermée pour la plupart et se faire juger sur l'état de l'automobile à l'arrivée ! L'annonce du classement final de cette première édition provoqua de nombreux remous parmi certains concurrents. Il faut dire que les calculs permettant d'aboutir au résultat étaient tellement complexes, qu'il n'était pas étonnant que peu réussirent à le comprendre.

Mais ces broutilles n'empêchèrent pas l'épreuve d'être reconduite l'année suivante.


Reconstitution de la plaque
équipant chaque véhicule en 1911
(d'après photo)

L'histoire retiendra que le premier vainqueur a été Henri Rougier dans une berline Turcat-Mery et que cette épreuve a été la première à imposer les plaques sur chaque véhicule. Les organisateurs, ici encore, innovaient en se faisant de la publicité sur les routes aux quatre coins de l'Europe. Cette épreuve gardera pendant longtemps une connotation touristique en privilégiant la régularité plutôt que la vitesse.

Puis, à l'image du Rallye Monte-Carlo, le "Rallye", débutant, se mit à bafouiller. Après l'épreuve 1912, le Monte-Carlo se mit en pause jusqu'en 1924 (la guerre, ses suites et conséquences en furent largement responsables).

Ce fut une longue période de repos sur les routes de France, d'Europe et du reste du monde. Les voitures et les pilotes se retirèrent sur les circuits (permanents ou non) qui commencent à fleurir un peu partout. Mais les voitures évoluèrent. Les ingénieurs ont beaucoup appris pendant la guerre et leurs connaissances devaient ouvrir la voie à une période de progrès technologique avec pour principal effet, une progression fulgurante des performances, tant au niveau du moteur que de la tenue de route ou des freins. Une autre nouveauté apparut après-guerre, la professionnalisation des équipes. C'en est fini de l'artisanat de quartier, quand, par exemple, un Emile LEVASSOR bricolait une voiture dans son atelier pour gagner une course comme le Paris-Bordeaux-Paris de 1895. Maintenant ce sont les constructeurs (industriellement établis) qui prennent le dessus. Dernier aspect novateur et non des moindres : la perte de l'hégémonie Française. Ce sont maintenant les Italiens (constructeurs et pilotes) qui règnent sur le sport automobile.

 


Course de côte du mont Ventoux (édition 1932)

1912 : Les voitures concentrées sur les circuits se mirent à battre des records de vitesse et d'endurance. Certaines épreuves routières, irréductibles, survécurent par le biais des courses de côte. La première d'entre-elles et (par voie de conséquence) la plus ancienne, est la course de côte du Mont Ventoux qui a été créée en 1912. Elle a très vite été imitée par la course de côte de la Turbie, au dessus de Nice.

1924 : Renaissance du rallye Monte-Carlo. La rentrée de cette épreuve se fit très timide, dans un quasi anonymat.

1925 : L'édition suivante connut un succès beaucoup plus retentissant. La pompe était réamorcée, les demandes d'inscription venaient du monde entier, l'idée de descendre sur la riviera au milieu de l'hiver s'était de nouveau imposée. Une Renault remporta l'épreuve cette année là.
Durant les années qui suivirent, les organisateurs acceptèrent de plus en plus de concurrents jusqu'à tolérer un Autocar Citroën en 1935.

1927 est l'année de naissance d'une autre très célèbre épreuve : la Mille Miglia. Cette épreuve consistait à effectuer le parcours Brescia - Rome et retour, sur route ouverte. La course connut d'emblée un énorme succès populaire, qui ne se démentira pas dans les années qui suivirent, jusqu'en 1957 où un terrible accident mit un terme définitif à cette épreuve.

Nous l'avons vu précédemment, le Trophée Herkomer se transforma en Rallye autrichien des Alpes puis en Coupe Internationale des Alpes et enfin en Coupe des Alpes.

A la fin des années 20 la Coupe se mit à reprendre des forces, à redevenir une "Grande" épreuve internationale.
Coupe des AlpesIl faut dire que cette épreuve n'était pas banale, puisque qu'elle faisait parcourir à ses concurrents les Alpes par les cols, de la France à l'Allemagne en passant par l'Italie, la Suisse, la Yougoslavie et l'Autriche, soit une distance de 3000 à 4000 km (selon les années) en 6 jours.

Le parcours de la course changeait tous les ans mais le principe restait le même : épreuve de régularité sur tout le parcours entrecoupé d'épreuves spécifiques, telles que course de vitesse sur autoroute ou course de côte en montagne.

La Coupes des Alpes, le trophée en lui-même, couronnait les équipages les plus réguliers, les plus complets, ceux qui arrivaient à éviter les pénalités. Trois coupes non consécutives donnaient droit à une "Coupe d'Argent" et trois victoires d'affilées donnaient droit à une "Coupe d'Or". Pour situer le niveau de difficulté de l'épreuve, seulement 3 Coupes d'Or furent décernées entre 1950 et 1971, à Ian APPLEYARD (GB), Stirling MOSS (GB) et Jean VINATIER (FR).

Cette Coupe, devenue entre-temps Rallye des Alpes Françaises, s'étiola dans des difficultés d'organisation et financières et se cantonna, dans les dernières années, entre Marseille et Evian pour finalement s'éteindre doucement avec la victoire de Bernard DARNICHE et son Alpine-Renault officielle en 1971.

1931 : Dernier grand monument routier, le Liège-Rome-Liège, créé par le Royal Motor union de Liège est un modèle de simplicité. Il est aussi réputé pour être le "Marathon de la Route". Car aller de Liège à Rome et retour, avec une moyenne exigée d'un peu plus de 50 km/h, sur 4500 km sans arrêt (autre que pour le ravitaillement) en traversant le Tyrol, les Dolomites, les Apennins, et les Alpes françaises, il fallait un réel courage. Cette épreuve avait la réputation de pousser à bout hommes et machines. A partir de 1961, Sofia remplacera Rome à cause du refus de laisser passer l'épreuve par les autorités Autrichiennes puis Italiennes. En 1965, le Marathon sur route dut quitter la route pour aller se réfugier sur le célèbre circuit du Nürburgring où il se transforma en une épreuve équivalente en temps, soit 84 h non stop.
La dernière édition eut lieu en 1971 et fut remportée par une Berlinette Alpine A110 privée pilotée, entre autres, par Jean-Luc THERIER.

RAC 19321932 : En Mars naît le RAC en Grande-Bretagne sur le modèle du Monte-Carlo sauce insulaire (parcours de concentration depuis différents points de Grande-Bretagne). Pour départager les concurrents lors de cette première édition, les organisateurs eurent recours à une étrange épreuve finale : 100 yards à parcourir le plus lentement possible !

1947 : Naissance de la Coupe d'Or des Dolomites, en Italie, sur le modèle de la Coupe des Alpes.

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