L'ERE DES MONSTRES

CHAMPIONNAT DU MONDE DES RALLYES DES CONSTRUCTEURS

1973 : Création par la FIA du premier Championnat du monde des rallyes des constructeurs.
Pour cette première édition 13 épreuves étaient prises en compte avec les rallyes du Portugal, des 1000 lacs, de la Corse et de Pologne qui venait s'ajouter aux épreuves comptant pour le championnat international des marques de 1972.

L'Alpine Renault A110 devait entrer dans l'histoire en remportant le titre cette année-là.

Alpine A110 (Champion du Monde 1973)

Du côté du règlement, avec l'avènement du tout nouveau Championnat, les innovations se situent au chapitre des Interdictions : dorénavant les prototypes (Groupe 5) sont purement et simplement interdits dans les épreuves Internationales. Il ne sera donc plus question d'admirer sur une spéciale du Monte-Carlo une Ferrari 512M échappée d'un circuit, une Ford GT70 ou une Citroën DS à châssis court par exemple. Par contre il sera tout à fait possible d'admirer une Audi Quattro sur un petit rallye au fin fond de l'Ecosse, par exemple, avant de l'admirer au RAC...

Mais les nuages sombres se profilent à l'horizon du sport automobile. La crise du pétrole frappe l'Occident à l'automne 1973.

1974 : La conséquence directe de cette récession fut l'annulation directe de cinq rallyes, dont le Monte-Carlo, la Suède et la Nouvelle-Zélande qui devait cette année-là faire son entrée dans le championnat du monde.


Lancia Stratos

C'est aussi l'année des grands bouleversements chez les constructeurs. Renault remplace son Alpine A110 par la Renault 17 et Lancia lance sa Stratos à l'assaut du championnat du monde. Fiat fut le grand vaincu de cette saison car malgré ses cinq FIAT 124 Abarth Spider engagées, aucune ne fut en mesure de contester la suprématie de la Stratos.

En 1975, FIAT relance ses 124 Abarth Spider à la conquête du titre. Mais la lutte contre les Stratos est toujours aussi vaine. Au bout de la deuxième course il était clair que rien ni personne ne pouvait empêcher Lancia de vaincre. Un comité de coordination de l'activité sportive du groupe Fiat est constitué afin de réguler les dépenses sportives du groupe. Lancia, qui est en tête, est chargé de la conquête du titre.
Peugeot
reste maître en Afrique en emportant le rallye du Maroc et le Safari rally.

1976 : C'est sans opposition que les Stratos menèrent la campagne du Championnat du Monde. Elles ne se heurteront qu'à une opposition sporadique des équipes locales, (Saab en Suède, Ford au RAC, etc.). Ce titre fut le dernier de cette voiture car FIAT avait décidé de la remplacer par l'évolution sportive de sa berline phare, la 131 Abarth. Cette dernière avait d'ailleurs remporté son premier rallye cette année-là en Finlande, aux mains du jeune mais déjà expert Marku Alén.

 

COUPE FIA DES CONDUCTEURS

1977 : Plusieurs nouveautés pour cette saison :
Tout d'abord géographique car le championnat devient réellement mondial en intégrant un rallye au Canada, le Critérium de Québec, et un autre en Nouvelle-Zélande.
Ensuite avec un nouveau championnat : la Coupe FIA des Conducteurs.


Fiat 131 Abarth

FIAT, le grandissime favori, se lance à l'assaut du championnat constructeur en intégralité (c'est le seul constructeur à l'annoncer) avec sa toute nouvelle 131 Abarth. La Stratos nouvellement mise à la retraite est conservée pour Sandro Munari qui refuse de conduire une 131 Abarth et qui se consacre un tout nouveau trophée FIA des conducteurs. Il remportera facilement le titre. Finalement Fiat empochera le titre des constructeurs, au détriment des Ford Escort RS 1800, après avoir embauché en cours de saison des mercenaires de luxe tels que Walter Röhrl, Bernard Darniche, Timo Salonen ou Jean-Claude Andruet.

Concernant la Coupe FIA des Conducteurs, elle est composée pour partie de certaines épreuves du Championnat du monde des Constructeurs (tel le Monte-Carlo où Sandro Munari remportera son quatrième succès) et pour le reste, des épreuves du Championnat d'Europe des Pilotes au plus fort coefficient.

1978 : si le titre tant convoité a résisté si longtemps à Fiat, et jusque dans les dernières épreuves de 1977, les Italiens renouvelaient leur succès l'année suivante sans aucune difficulté.
Marku Alén remporte le Trophée FIA des Pilotes. Il ne le sait pas encore, mais il s'agit là du seul titre important qu'il arrivera à conquérir...

Changements au niveau des règlements :

  • Interdiction des extensions d'homologation, les constructeurs doivent conserver leur groupe 4 en l'état pour ceux qui le peuvent (certaines évolutions devenant illicites comme le passage aux 24 soupapes des moteurs de Stratos) et se mirent à développer des groupe 2.
  • Les constructeurs impliqués en rallye sont officiellement informés qu'ils disposent de 5 ans pour concevoir de nouvelles voitures conformes aux futurs groupes B, A et N dont l'entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 1983. A titre dérogatoire, les nouveaux et anciens groupes seront autorisés à concourir ensemble durant la saison 1982.

Avec 5 titres en poche, le groupe Fiat décide de se retirer après 1978.

 

CHAMPIONNAT DU MONDE DES PILOTES (Résultats)

1979 : L'année sera Ford puisque ce constructeur est le seul à s'engager dans la lutte pour le titre, avec 8 participations sur 12 possibles.

La grande nouveauté de l'année vient de la création du Championnat du Monde des Pilotes.


Ford Escort (1979)

Sur les 12 rallyes de la saison, seuls les 7 meilleurs résultats sont pris en compte. Les points sont attribués aux 10 meilleurs pilotes classés et sont attribués selon le barème suivant : 20, 15, 12, 10, 8, 6, 4, 3, 2 et 1 points. Après une lutte acharnée avec son camarade d'écurie chez Ford (Hannu Mikkola), Björn Waldegård devient, à 36 ans, le premier Champion du Monde des rallyes avec juste un petit point d'avance sur son coéquipier. Ce grand Monsieur du rallye totalise déjà 11 victoires depuis 1968 avant de coiffer la première couronne Mondiale.
La dernière nouveauté de cette année 1979 est passée presque inaperçue et pourtant, elle devait avoir quelques 2 ans plus tard un spectaculaire retentissement : la première victoire d'une voiture de rallye équipée d'un moteur turbo.
Il s'agissait de la Saab 99 Turbo de Stig Blomqvist, en Suède.

1980 : L'année du retour de Fiat au premier plan, et le retrait de Ford.
Au niveau des épreuves, le rallye Codasur (en Argentine) remplace le Critérium du Québec.
Du coté des voitures, apparition des Opel Ascona 400, Talbot Sunbeam Lotus et grand retour des Fiat 131 Abarth aux mains de Walter Röhrl et Marku Alén.
Walter Röhrl ne laissa pas passer l'occasion de s'adjuger le titre en faisant étalage de son talent face à des adversaires partis en ordre dispersé.

Fiat dépossède Ford de son titre constructeur et précède un étonnant constructeur japonais, Datsun, qui il est vrai, a bénéficié d'une robustesse sans faille.

1981 : L'année de la révolution. Révolution au titre des voitures avec l'apparition de l'Audi Quattro, 4 roues motrices et moteur turbocompressé. Révolution aussi du côté des pilotes avec la première victoire d'une femme, Michèle MOUTON au rallye SanRemo.


Audi quattro A1

En décembre 1981, Jean TODT, nouveau responsable sportif de Peugeot annonce le retrait du constructeur Sochalien de toute activité sportive afin de mieux se consacrer à la conception d'une voiture capable de conquérir le Championnat du Monde des Rallyes. La Peugeot 205 Turbo16 est en train de naître.

Audi aura trop de problèmes de fiabilité cette année-là pour prétendre au titre et TALBOT en profite pour se glisser dans le fauteuil confortable du Champion du Monde des Constructeurs.
De son côté, Ari Vatanen luttera doublement contre Guy Fréquelin et contre son penchant pour les sorties de routes pour finalement empocher le titre pilote.

1982 : Seul Opel dispute le titre à Audi pour cette saison. Audi remportera le titre constructeur et Walter Röhrl (pilote Opel) emportera pour la deuxième fois le titre pilote. La lutte pour le titre pilote fut intense avec Michèle Mouton qui se défendit jusqu'au bout et qui poussa Röhrl à tenir des propos machistes malheureux.

1983 : Entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, nouvelle Annexe J définissant les groupes N, A et B.

Caractéristiques des nouvelles catégories :

Groupe

Nb de voitures produites

Evolutions

Modifications autorisées / Contraintes

N

5000 en 12 mois

non

uniquement concernant la sécurité

A

5000 en 12 mois

non

OUI, limitée

B

200

10% par an
(20 véhicules)

- OUI, très nombreuses
- 1 évolution par an à date anniversaire de l'homologation
/ échelle de poids ayant un rapport direct avec la cylindrée du moteur

Expérimental

1

non

- OUI illimitée / uniquement dans les rallyes nationaux acceptant cette catégorie


Lancia Rally 037

Ce qui paraissait être une année facile pour Audi allait se transformer en "Bérézina" pour l'équipe allemande. Lancia, avec l'aide de Walter Röhrl, tira le meilleur parti de sa nouvelle arme de guerre, la Rally 037, première véritable groupe B, pour finalement emporter le titre Constructeur.
Du côté des pilotes, Hannu Mikkola à bord d'une nouvelle Audi quattro fraîchement homologuée en Groupe B s'impose, ce qui ne constitue qu'une maigre consolation pour l'équipe d'Ingolstadt.

1984 : Audi débute très fort au Monte-Carlo en obtenant la victoire dans chacune des catégories (groupe N, A et B) et il est aussi important de rappeler qu'en Groupe B, derrière Walter Röhrl (quatrième victoire personnelle) se retrouvent les deux autres Audi de Blomqvist et Mikkola.
Audi emporte le titre des Constructeurs et Stig BLOMQVIST celui des Pilotes.

Au Tour de Corse, Audi lance la remplaçante de son modèle actuel, la Sport quattro. Le lancement de la nouvelle arme allemande passa totalement inaperçu, du fait du bris de moteur qui arriva très rapidement et surtout, de l'arrivée de la nouvelle Peugeot 205 Turbo 16. Dès la 2ème spéciale elle signait son premier temps scratch, et dès la troisième ES elle prenait la tête du rallye. Sur ses 5 premiers rallyes, la nouvelle venue en remporta 3.
La voiture fait la synthèse de ce qui se faisait de mieux pour la discipline : l'architecture de la Stratos, la légèreté de la Rally 037 et la transmission intégrale de l'Audi quattro. Peugeot faisait entrer le Championnat du Monde des rallyes dans une nouvelle ère.

 
Audi Sport quattro (1984)
 
Première apparition de la
205 Turbo 16 (Corse 1984)

 

1985 : La saison a débuté par une des plus mémorables victoires, de mémoire de rallyman.
En tête du rallye Monte-Carlo, Ari Vatanen est pénalisé de 8 minutes pour pointage en avance. Après ce coup du sort et quelques heures de repos à Gap, Ari sort la grosse attaque pour relever le défi que venait de lui lancer l'adversité. Survolté, transcendé, il n'y a pas de mot assez fort pour décrire Vatanen qui s'est lancé à la poursuite du temps perdu.
Accumulant les temps scratch, la Peugeot 205 Turbo 16 reprenait Spéciales après Spéciales à Walter Röhrl des secondes qui se mirent à devenir des minutes.
Au départ de la dernière journée, Röhrl ne comptait plus que 1'30" d'avance sur le grand Finlandais. Un coup de poker osé de Vatanen dans le choix des pneus allait faire basculer le rallye. Il doubla Röhrl à l'agonie dans une montée enneigée et termina le rallye avec 5'17" d'avance.
Ce fut la première des 7 victoires en 9 courses de la Peugeot 205 Turbo 16 cette année-là.

A côté de ces intenses moments d'émotion et de joie (pour Peugeot...), l'année 1985 fut aussi la première année noire du groupe B. On n'oubliera pas Attilio Bettega qui s'est tué au Tour de Corse à bord de sa Lancia Rally 037 et Ari Vatanen qui oscillera quelques jours entre la vie et la mort après un terrible accident en Argentine.

Mais le spectacle doit continuer et le grand cirque du rallye poursuit son périple à travers le monde. Timo Salonen, surnommé "Droopy" pour sa bonhomie et son calme légendaire, et son employeur, Peugeot, sont sacrés chacun dans sa catégorie Champion du Monde.

Du côté des voitures, la démesure commence à prendre forme. L'évolution 2 de la 205 Turbo 16 affiche plus de 400 chevaux, la nouvelle Lancia Delta S4 vise les 450 ch. et l'Audi Sport quattro approche des 500 ch. Elles ne vont pas rester longtemps compatibles avec les routes de rallye qui, elles, n'évoluent pas.

1986 : L'année cruelle. Quatre ans après son introduction, le groupe B produit enfin tous ses effets et pas moins de six nouvelles voitures spécifiques sont attendues en Championnat du monde, comme la Ford RS200, la Metro 6R4 ou la Citroën BX 4TC.

Audi Sport quattro
Peugeot 205 Turbo 16
Lancia Delta S4
Austin Metro 6R4
Citroën BX 4TC

La lutte somptueuse tourna vite au duel Lancia / Peugeot jusqu'au premier drame de l'année, au rallye du Portugal.
La Ford RS200 du pilote local Joaquim Santos percute la foule, tue trois spectateurs et en blesse une trentaine d'autres. Les pilotes professionnels refusent de reprendre la course et réclament de plus importantes mesures de sécurité.
Le rythme des épreuves reprend jusqu'en Corse où la Delta S4 de Henri Toivonen et Sergio Cresto sort de la route et va exploser au fonds d'un ravin. Ils sont tués sur le coup.

Jean-Marie Balestre, président de la Fédération Internationale du Sport Automobile décrète alors la mise à mort du groupe B pour la fin de l'année.

La saison continuant, Peugeot est victime du nationalisme italien au Rallye SanRemo en étant exclu au milieu de la course alors que la Peugeot 205 de Juha Kankkunen était largement en tête : motif ? les jupes de bas de caisse, subitement illicites alors qu'elles étaient pourtant recevables en début de rallye. C'est le scandale. L'appel de Peugeot, qui est normalement suspensif, n'est pas retenu par les officiels italiens qui empêchent les 205 T16 de reprendre la course.
L'affaire se terminera au tribunal en Décembre de cette même année qui annulera le rallye Sanremo et ses résultats.
Il restera de cette triste affaire que Marku Alén, alors en tête du championnat pilote, sera rétrogradé au profit du pilote Peugeot, Juha Kankkunen.
Au titre des Constructeurs, Peugeot inscrira cette année-là son nom en haut de la dernière page du chapitre Groupe B.

Cette période restera dans l'histoire comme l'ère de la démesure, la triste période où tout s'est terminé dans un grand gâchis de vies humaines et d'investissements stériles, tout ceci parce que des techniciens, pressés par leur Direction, ont négligé la sécurité au profit de la compétitivité.

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